Posts Tagged: Poetry

“Go to the limits of your longing” – L’abîme en face

Gott spricht zu jedem nur, eh er ihn macht,
dann geht er schweigend mit ihm aus der Nacht.
Aber die Worte, eh jeder beginnt,
diese wolkigen Worte sind:

Von deinen Sinnen hinausgesandt,
geh bis an deiner Sehnsucht Rand;
gib mir Gewand.

Hinter den Dingen wachse als Brand,
daß ihre Schatten ausgespann
timmer mich ganz bedecken.

Laß dir alles geschehn: Schönheit und Schrecken.
Man muß nur gehn: Kein Gefühl ist das fernste.
Laß dich von mir nicht trennen.
Nah ist das Land,
das sie das Leben nennen.

Du wirst es erkennen
an seinem Ernste.

Gib mir die Hand.

God speaks to each of us as s/he makes us,
then walks with us silently out of the night.

These are the words we dimly hear:

You, sent out beyond your recall,
go to the limits of your longing.
Embody me.

Flare up like flame
and make big shadows I can move in.

Let everything happen to you: beauty and terror.
Just keep going. No feeling is final.
Don’t let yourself lose me.

Nearby is the country they call life.
You will know it by its seriousness.

Give me your hand.

(Rilke’s Book of Hours, I, 59)

    Rainer Maria Rilke

  Das Stunden-Buch

translation by Anita Barrows and Joanna Macy

C’est la chaude loi des hommes – Paul Éluard

Bonne justice

C’est la chaude loi des hommes
Du raisin ils font du vin
Du charbon ils font du feu
Des baisers ils font des hommes

C’est la dure loi des hommes
Se garder intact malgré
Les guerres et la misère
Malgré les dangers de mort

C’est la douce loi des hommes
De changer l’eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères

Une loi vieille et nouvelle
Qui va se perfectionnant
Du fond du cœur de l’enfant
Jusqu’à la raison suprême.

Paul Éluard

I Am Pleased to Tell You – Mary Oliver

Mr. Death, I am pleased to tell you, there
are rifts in your long black coat. Today
Rumi (obit. 1273) came visiting, and not for
the first time. True he didn’t speak with
his tongue but from memory, and whether
he was short or tall I still don’t know.
But he was as real at the tree I was
under. Just because something’s physical
doesn’t mean it’s the greatest. He
offered a poem or two, then sauntered on.
I sat awhile feeling content and feeling
contentment in the tree also. Isn’t
everything in the world shared? And one
of the poems contained a tree, so of
course the tree felt included. That’s
Rumi, who has no trouble slipping out of
your long coat, oh Mr. Death.

Mary Oliver

What is your Alethiometer?

My Contax was poetically described by my son, as my “Alethiometer,” from the Greek words aletheia (truth) and ometer (measuring device). An alethiometer is the compass-like device made famous in Philip Pullman’s “His Dark Materials.” This fictional device helps some holders find truthful answers to their questions.

These words from the French poet Paul Verlaine have been like a mantra for me: “Cache et montre au cœur qui s’étonne La vérité comme une étoile.” In English, it would read something like this: “Unto the astounded heart shows, Truth’s star now hidden, now revealed.”
That’s poetry. That’s photography.

Truth’s star

Je dis toujours la même chose – Claude Roy

Je dis de toi et de la rose
Mes poèmes sont évidents
Je dis toujours la même chose
La vie l’amour la mort le temps

Prenant les phrases toutes faites
les vérités de tous les jours
je ne suis ni ange ni bête
mais je me répète toujours

Je dis de toi et du bonheur
et la chaleur d’être avec toi
Je dis de toi et du malheur
le tourment de n’être que moi

Je dis ce que chacun devine
l’a b c de la clef des chants
Le fil sans fin que j’embobine
n’est qu’un gros fil cousu de blanc

Je me répète et recommence
Je ne dis que ce que je sais
mon souci mon insouciance
mon embarras C’est bien assez

Je me reprends sans fin ni cesse
Est-ce vraiment vraiment le même
qui dans sa fausse vraie paresse
n’est que l’absence de soi-même

Toujours distrait si je médite
toujours ailleurs si je suis là
qui donc en moi veille et persiste
à être moi si malgré moi

Un jour vient où la persistance
que j’avais cru perdre à tous vents
devient le fil de la constance
signant la trace d’un vivant

Ce n’est peut-être que ma mort
qui saura bien photographier
fini le jeu de j’entre-et-sors
cet inconnu qui m’échappait

Il dit toujours la même chose
il redécouvre à chaque instant
la même évidence morose
la même joie qui n’a qu’un temps

Mais un seul fruit songe et s’accroît
dans la fleur en métamorphose
se répétant moins qu’on ne croit
disant toujours la même chose.

extrait du recueil Poésies, Gallimard, 1970.

l’a b c de la clef des chants – Claude Roy


Je dis ce que chacun devine l’a b c de la clef
des chants Le fil sans fin que j’embobine …


Un jour vient où la persistance que j’avais cru perdre à tous vents
devient le fil de la constance signant la trace d’un vivant


Ce n’est peut-être que ma mort qui saura bien photographier fini le jeu de j’entre-et-sors cet inconnu qui m’échappait
Il dit toujours la même chose il redécouvre à chaque instant la même évidence morose la même joie qui n’a qu’un temps
Mais un seul fruit songe et s’accroît dans la fleur en métamorphose se répétant moins qu’on ne croit disant toujours la même chose.

Can you make your voice visible?

Sur le pressoir, Margot ma jolie

Sur le pressoir

Sous les étoiles de septembre
Notre cour a l’air d’une chambre
Et le pressoir d’un lit ancien ;
Grisé par l’odeur des vendanges
Je suis pris d’un désir étrange
Né du souvenir des païens.

Couchons ce soir
Tous les deux, sur le pressoir !
Dis, faisons cette folie ?…
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir,
Margot, Margot, ma jolie !

Parmi les grappes qui s’étalent
Comme une jonchée de pétales,
Ô ma bacchante ! roulons-nous.
J’aurai l’étreinte rude et franche
Et les tressauts de ta chair blanche
Ecraseront les raisins doux.

Sous les baisers et les morsures,
Nos bouches et les grappes mûres
Mêleront leur sang généreux ;
Et le vin nouveau de l’Automne
Ruissellera jusqu’en la tonne,
D’autant plus qu’on s’aimera mieux !

Au petit jour, dans la cour close,
Nous boirons la part de vin rose
Oeuvrée de nuit par notre amour ;
Et, dans ce cas, tu peux m’en croire,
Nous aurons pleine tonne à boire
Lorsque viendra le petit jour.

Gaston COUTÉ (1880-1911)

What do you see and what does it say?