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Truth’s star

Je dis toujours la même chose – Claude Roy

Je dis de toi et de la rose
Mes poèmes sont évidents
Je dis toujours la même chose
La vie l’amour la mort le temps

Prenant les phrases toutes faites
les vérités de tous les jours
je ne suis ni ange ni bête
mais je me répète toujours

Je dis de toi et du bonheur
et la chaleur d’être avec toi
Je dis de toi et du malheur
le tourment de n’être que moi

Je dis ce que chacun devine
l’a b c de la clef des chants
Le fil sans fin que j’embobine
n’est qu’un gros fil cousu de blanc

Je me répète et recommence
Je ne dis que ce que je sais
mon souci mon insouciance
mon embarras C’est bien assez

Je me reprends sans fin ni cesse
Est-ce vraiment vraiment le même
qui dans sa fausse vraie paresse
n’est que l’absence de soi-même

Toujours distrait si je médite
toujours ailleurs si je suis là
qui donc en moi veille et persiste
à être moi si malgré moi

Un jour vient où la persistance
que j’avais cru perdre à tous vents
devient le fil de la constance
signant la trace d’un vivant

Ce n’est peut-être que ma mort
qui saura bien photographier
fini le jeu de j’entre-et-sors
cet inconnu qui m’échappait

Il dit toujours la même chose
il redécouvre à chaque instant
la même évidence morose
la même joie qui n’a qu’un temps

Mais un seul fruit songe et s’accroît
dans la fleur en métamorphose
se répétant moins qu’on ne croit
disant toujours la même chose.

extrait du recueil Poésies, Gallimard, 1970.

l’a b c de la clef des chants – Claude Roy


Je dis ce que chacun devine l’a b c de la clef
des chants Le fil sans fin que j’embobine …


Un jour vient où la persistance que j’avais cru perdre à tous vents
devient le fil de la constance signant la trace d’un vivant


Ce n’est peut-être que ma mort qui saura bien photographier fini le jeu de j’entre-et-sors cet inconnu qui m’échappait
Il dit toujours la même chose il redécouvre à chaque instant la même évidence morose la même joie qui n’a qu’un temps
Mais un seul fruit songe et s’accroît dans la fleur en métamorphose se répétant moins qu’on ne croit disant toujours la même chose.

Can you make your voice visible?

The Coming – R S Thomas

Sur le pressoir, Margot ma jolie

Sur le pressoir

Sous les étoiles de septembre
Notre cour a l’air d’une chambre
Et le pressoir d’un lit ancien ;
Grisé par l’odeur des vendanges
Je suis pris d’un désir étrange
Né du souvenir des païens.

Couchons ce soir
Tous les deux, sur le pressoir !
Dis, faisons cette folie ?…
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir,
Margot, Margot, ma jolie !

Parmi les grappes qui s’étalent
Comme une jonchée de pétales,
Ô ma bacchante ! roulons-nous.
J’aurai l’étreinte rude et franche
Et les tressauts de ta chair blanche
Ecraseront les raisins doux.

Sous les baisers et les morsures,
Nos bouches et les grappes mûres
Mêleront leur sang généreux ;
Et le vin nouveau de l’Automne
Ruissellera jusqu’en la tonne,
D’autant plus qu’on s’aimera mieux !

Au petit jour, dans la cour close,
Nous boirons la part de vin rose
Oeuvrée de nuit par notre amour ;
Et, dans ce cas, tu peux m’en croire,
Nous aurons pleine tonne à boire
Lorsque viendra le petit jour.

Gaston COUTÉ (1880-1911)

What do you see and what does it say?

Prayer – Carol Ann Duffy

Some days, although we cannot pray, a prayer
utters itself. So, a woman will lift
her head from the sieve of her hands and stare
at the minims sung by a tree, a sudden gift.

Some nights, although we are faithless, the truth
enters our hearts, that small familiar pain;
then a man will stand stock-still, hearing his youth
in the distant Latin chanting of a train.

Pray for us now. Grade 1 piano scales
console the lodger looking out across
a Midlands town. Then dusk, and someone calls
a child’s name as though they named their loss.

Darkness outside. Inside, the radio’s prayer –
Rockall. Malin. Dogger. Finisterre.

Carol Ann Duffy

Eros and Psyche

On Valentine’s day and on Ash Wednesday. Eros meets Psyche.

Love comes to the Soul and the soul starts a difficult journey

Cupid embracing Psyche, painted Terracotta bust, 3rd – 2nd B.C.E British Museum Photo Margot Krebs Neale

Song